LES HOPITAUX PSYCHIATRIQUES FRANCAIS.

Hier soir, nous avons arrosé le deuxième anniversaire de la sortie de l’hôpital psychiatrique de mon alter ego, Bruno.

Il y a passé septs jour en HO (Hospitalisation d’Office) et a écrit le compte-rendu suivant qu’il a intitulé: « Ma semaine au Club Merde ». 

1) Les occupants du Pavillon:

- « Monsieur » MARC, le seul, avec moi, à ne pas avoir le droit de sortir de l’Enclos, petite cour grillagée. Pas gênant le mec: s’installait dans un coin de l’Enclos près d’un arbre avec sa sacoche à bouquins et n’en bougeait plus de la journée. Se levait uniquement pour pisser contre l’arbre. Entendu parler une seule fois lorsque l’infirmier lui a dit qu’il puait. Réponse: « c’est pas moi, c’est votre poubelle ». Faisait partie du clan majoritaire des « aquaphobes », ceux qui ne se lavaient que tous les quatre jours. Quatre jours étant la limite tolérée par l’administration psycho-pénitentiaire. Au-delà, c’était la punition: privation de perm ou chambre d’isolement. 

- Le « GI »: treillis, rangers et bonnet de montagne, même en plein cagnard. Jamais vu la couleur de ses cheveux. Aquaphobe également.

- Lolo, ex-légionnaire, capable de parler très correctement quand les effets du valium à haute dose se dissipaient.

- Olivier, l’intello. Borborygmes incompréhensibles la plupart du temps. Quand il sortait des vaps, parlait littérature, philosophie. Connaissait Sartre, Kant, Hegel,etc. Capable de réciter par coeur des passages de « Ainsi parlait Zarathoustra ». Se promenait sans arrêt à grandes enjambées avec, sous le bras, un paquet de feuilles à dessin qui tombaient régulièrement. Bon joueur d’échecs. Aquaphobe épisodique.  

- Joël, le pédé voleur avec une seule incisive à la machoire supérieure. Recordman de la position accroupie dos appuyé au mur du couloir, position favorite de nombreux pensionnaires.

- Le jeune viet, son concurrent pour la position accroupie. Clan des aquaphobes. Jamais un mot sauf quand il est passé de force sous la douche et que l’infirmière lui a lavé les cheveux. Il hurlait: « arrête, tu vas me tuer ».

- Kéké, un noir d’ébène. Deux tentatives de fugues dans la semaine. Dès la première, shooté et chambre d’isolement. Frappait la porte pendant des heures. Boucan d’enfer. Le lendemain, à table, la fourchette montait au ralenti et quand elle arrivait à la bouche, il n’y avait plus rien dedans. Il a quand même recommencé à essayer de se tirer.

- Bernadette « la dragueuse »: 1,60 m, 160 kg ou plus. Traitait tous les infirmiers d’enculés dès qu’elle en voyait un. Un coeur gros comme elle. Neuvième annèe de séjour.

- Nadia, jeune arabo-tunisienne fana de musique et bonne chanteuse. A pété les plombs le 14 au soir à cause du vol du cordon de son radio/CD et a vidé les armoires de ceux qu’elle soupçonnait. Les matons blancs se sont mis à quatre pour la maîtriser pendant qu’une infirmière la shootait. Chambre d’isolement. La mère Bernadette qui a pris sa défense a été calmée à l’eau froide. Elle est restée toute la soirée à égoutter dans le couloir car ils ne l’avaient pas essorée. Le lendemain, Nadia ressemblait à un zombie.

- Fredo « le Rital », schizo + mytho +…en plein. Ex-joueur de foot de D1, ex-astronaute…M’a raconté qu’un soir de la semaine, deux infirmiers étaient entrés dans sa chambre, l’avaient piqué et violé. Dans ses monologues, il passait en permanence du français à l’italien. Dur à suivre.

- Omar « le rappeur ». Le plus grand voleur du groupe. Aquaphobe.

- kaleb, « lou ravi ». Grand échassier qui marchait courbé à 90 degrés. Heureusement, car comme il bavait en permanence, le filet de bave tombait sur le sol et pas sur ses fringues qui étaient déjà assez dégueulasses comme ça. Se prenait parfois pour un cheval. Il cavalait dans l’Enclos en hennissant, casquette vissée sur la tête, main droite tenant les couilles et bras gauche tendu vers le ciel.

- Marcel, « le tubard ». Passait son temps à cracher ses poumons un peu partout.

- »L’anorexique » qui marchait en faisant des pas de 10 cm. On aurait dit une poupée mécanique.

- « La Chinoise », une sale teigne qui passait son temps à injurier les autres nanas. Patronne incontestée du choix des programmes télé.

- « Le Fidjien », plein de puces ou de poux. Ne pouvait pas dormir dans un lit. Dormait par terre.

- Mimi, dont le grand plaisir à la cantine était de flanquer des coups de latte dans les chaises de ses voisins et des coups de cuillère dans son assiette histoire d’éclabousser les alentours.

- « Le Camé » qui était déjà en chambre d’isolement à mon arrivée. Deux heures de sortie de la chambre par jour.

- « Le Psy », ex-psychologue qui se déplaçait avec un déambulateur.

- Buno, l’auteur de ces lignes, un dangereux psychopathe classé HO ( le top de la classification) tombé sur dénonciation. Dans le jargon bien-pensant, on appelle ça un signalement.

2) Le site classé…seveso:

- un bâtiment vétuste à deux étages, des barreaux à toutes les fenêtres et des volets en bois dont certains étaient bloqués.

- sanitaires: 2 douches, 2 baignoires et 3 chiottes pour 22 personnes plus le personnel « soignant ».

- une cantine et une mini salle télé équpée d’une dizaine de chaises.

- à l’extérieur: l’Enclos d’environ 500 m2, moitié béton, moitié terre, ceinturé d’un grillage complètement rouillé. Sur la partie bétonnée une table de 4 personnes aussi pourrie que les chaises en plastique.

3) Le planning:

- 7H: lever, toilette (pour ceux qui voulaient).

- 8H: petit-déj infect et médocs.

- 9H30 à 12H30: fermeture des chambres et de l’accès à l’étage. Possibilité de sortir de l’Enclos sauf pour les deux HO: Marc et Bruno.

- 12H30 à 13H: déjeuner et médocs.

- 13H à 15H: ouverture des chambres pour sieste éventuelle. Autre choix: l’Enclos.

- 15H à 17H: fermeture des chambres. Possibilité de sortir de l’Enclos, sauf pour Marc et Bruno.

- 19H: souper et médocs.

- 20H: coucher ou Enclos jusquà 21H, heure de fermeture des accès.

4) La vie à bord.

- L’équipe « soignante ».

Les horaires ci-dessus n’étaient jamais respectés. Pas par les pensionnaires, mais par l’équipe médicalo-médicamenteuse. Tous les matins, je descendais à la salle des infirmiers à 7H15 afin de faire ouvrir les douches. Ils petit-déjeunaient tranquillos en fumant un clope pour certains.

Les horaires des repas n’étaient jamais respectés non plus, ce qui avait le don d’énerver les pensionnaires agglutinés devant la porte de la cantine car les repas étaient les seules coupures de la journée. C’était un véritable bordel: engueulades, bouffe dégueulasse renversée sur les tables ou ailleurs. Tout ça sous l’oeil impavide des infirmiers, élèves-infimiers ou surveillants regardant « une famille en or » et se réjouissant du retour à la télé de « l’île de la tentation ». Etablissement 4 étoiles pour faire un régime: ai perdu 4 kg en 7 jours, sans avoir d’autre activité que rester 8 heures par jour le cul sur une chaise ou par terre.

Le cheptel encadrant échappait à la loi de Pareto: il y avait 10% de gens biens pour 90% de vrais cons. Quelques rares spécimens essayaient de calmer gentiment les agités, allaient au-devant des prostrés pour essayer de les faire parler ou simplement leur tenir compagnie et discutaient avec ceux qui en étaient capables. Pour les autres, la majorité, c’était le mépris, l’humiliation, les engueulades, les menaces (chambre d’isolement), et le chantage (t’auras pas de cigarette). Morceaux choisis:

A Bernadette qui avait du mal à lever ses 160 kg de sa chaise: « si tu bouges pas ton gros cul plus vite, je vais chercher un tractopelle ». A Lolo qui n’avait rien fait et qui demandait pourquoi on lui refusait l’accès à l’Enclos: « parce que tu n’es qu’une merde et que c’est moi qui décide ».

Autre exemple significatif de la connerie ambiante: Le soir du 14 juillet, la mélomane Nadia s’était fait piquer son cordon radio, ainsi que Omar. Branle- bas de combat. Je prends un infimier à part et lui explique mon raisonnement: un cordon n’a pas de valeur marchande, deux personnes ont été victimes du même vol, c’est donc quelqu’un que la musique emmerde et qui a dû les balancer par une fenêtre du deuxième étage. Comme nous ne pouvons pas sortir, il serait peut-être utile que vous alliez faire un tour à l’extérieur sous les fenêtres. Réponse: ouais, mais je vais d’abord faire une fouille générale. Le temps de sa fouille, la gamine avait été malmenée, piquousée et collée en chambre d’isolement pour la nuit. Au retour de la fouille, il a consenti à faire un tour dehors et est revenu avec les cordons…évidemment.

Leur je-m’en-foutisme n’avait pas de limite. Le troisième jour je constate que les chiottes et la salle de bain du deuxième étage (80% des utilisateurs) n’ont pas été nettoyés. Impossible de mettre les fesses sur la cuvette et douches prises en gardant les tongues aux pieds. Je signale le fait au responsable. Réponse: vous êtes dans un endroit où il y a des gens bizarres, donc ils un comportement bizarre (dans un hôpital psychiatrique, ça alors!). Par exemple, ils mettent des paquets entiers de PQ dans les chiottes et ça déborde. Mais nous, on nettoie tous les jours. Comme il se foutait visiblement de ma gueule, je l’ai invité à venir voir le lavabo sur lequel il y avait des ronds couleur métal provenant de la pose de cannettes et la baignoire encrassée à tel point que je n’y aurais pas mis un fonctionnaire même si je ne les aime pas. Il a décliné mon invitation, mais pour le reste du séjour, la salle de bains fut lavée tous les jours. Une vraie piscine. Manquait toujours le gel de douche qu’il fallait quémander. Il était surement rationné car les « aquaphobes » devaient le boire au lieu de se laver avec. Qui a dit prophylaxie dans les hôpitaux ? Profil à quoi ?, répond « l’infirmier ».

- Les Psycho-tolards

Marcel dormait avec ses chaussures, des mocassins noirs. Mais il avait une bonne raison car on lui avait piqué la paire précédente sous son lit en pleine nuit.

D’autres qui n’avaient pas cette excuse dormaient quand même tout habillés sur leur padock, baskets compris. Il était fréquent, en se levant la nuit, d’enjamber un mec qui avait décidé de dormir sur le carrelage du couloir plutôt que dans son lit.

Le vol entre eux était permanent: clopes, fringues, café instantané acheté à l’extérieur (à l’intérieur, c’était chicorée au petit-déj). Normal d’éviter les excitants dans ce genre d’endroit, mais alors il faudrait former les matons blancs pour qu’il ne remplacent pas la caféine par leur comportement et se demander comment certains pensionnaires pouvaient mélanger ostensiblement de l’herbe à leur tabac quand ils s’en roulaient une.

A part la bouffe, leur seul pôle d’intérêt était la clope. Pour certains, leurs paquets persos étaient enfermés dans un placard de l’administration et ils devaient supplier l’infirmier pour en obtenir une de temps en temps. Pour les autres, la débrouille. Ils faisaient le tour des gens présents: t’as pas un clope, t’as pas un cigarette, t’as pas du feu ? J’ai dû entendre ça 100 fois par jour., même de la part du joueur d’échecs à qui je répondais à chaque fois: Olivier, tu sais bien que je ne fume pas. Il a intégré au bout du cinqième jour, mais il commençait quand même sa phrase: t’as pas…ah, c’est vrai…La partie bétonnée de l’Enclos était un véritable cimetière de mégots nettoyé de temps à autre par le vent. Les plus intéressants des mégots étaient ceux des matons blancs car ils fumaient rarement leurs cigarettes jusqu’au bout. Deux techniques: certains récupéraient le peu de tabac qui restait pour reconstituer une roulée et les plus fainéants rallumaient simplement le mégot ramassé.

- Le toubib et les « soins ».

Un psy extra, car pas emcombrant. Je ne l’ai vu que deux fois: à l’arrivée et à la sortie. Les deux fois, il m’a reçu en compagnie de 3 infirmiers(ères) ou apprentis, blocs et stylos à la main, sûrement pour respecter les règles de confidentialité avec le patient. Première fois: interrogatoire sur les raisons de ma venue dans son établissement, deuxième fois, interrogatoire sur les raisons pour lesquelles je voulais sortir. A l’arrivée, m’a demandé mon traitement habituel pour que j’aie les mêmes médocs pendant mon internement et, à la sortie, m’a fait une ordonnance pour le même traitement que celui que j’avais dans le civil. Depuis, j’avoue que je me sens nettement mieux.

Quelque soit la pathologie, les soins sont inexistants. Que des médocs. La bouffe est la même pour les boulimiques, anorexiques, manico-dépressifs, etc. Tout ça parce que l’administration regroupe dans le même pavillon les malades par provenance géographique et pas en fonction de leur pathologie. Logique typiquement psychiatrique, non ?

En 7 jours, je n’ai jamais vu quelqu’un sourire. Même quand les zombies parlaient, l’absence d’expression dans leur regard était impressionnante. Le vide absolu.

André Breton a écrit à propos de l’internement de Nadja: « dans les hôpitaux psychiatriques, on fait les fous comme dans les maisons de correction on fait les bandits ».

Bruno a changé les noms des personnages, mais c’est bien la réalité d’un hopital psychiatrique existant qu’il a décrite et pas celle d’une prison.

 

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